Quand les sportifs et créateurs de contenus deviennent plateformes d’investissement
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Pendant que le capital-risque traditionnel se concentre, standardise ses processus et allonge ses cycles de décision, une autre dynamique s’affirme, avec des fondateurs, ex-opérateurs ou figures issues d’univers ultra-compétitifs modifiant leur trajectoire individuelle en créant des plateformes d’investissement à part entière. Ce ne sont plus de simples véhicules financiers, mais des architectures combinant capital, réseau, narration et accès marché.
L’exemple de Rosberg Ventures, fondée par l’ancien champion du monde de Formule 1 Nico Rosberg, en offre une bonne illustration. Créée après la fin de sa carrière sportive, la structure s’est progressivement éloignée du modèle de l’angel investing adossé à une personnalité pour se transformer en plateforme d’investissement structurée, opérant à l’échelle internationale.
La clôture d’un troisième fonds de 100 millions de dollars, sursouscrit, portant les actifs sous gestion au-delà de 200 millions de dollars, marque un changement de dimension. Rosberg Ventures n’opère pas comme un VC mono-thèse classique. Le fonds combine investissements directs, co-investissements et surtout un fonds de fonds, lancé en 2024, permettant une exposition indirecte à plusieurs milliers de startups à travers le monde, dans des secteurs allant de l’intelligence artificielle à la fintech, en passant par la robotique ou la healthtech.
Ce positionnement hybride traduit une lecture systémique du capital-risque, où la diversification des points d’entrée devient un levier stratégique, alors que les cycles s’allongent, que les exits se raréfient et que la concentration du capital favorise les acteurs dominants. Le fonds de fonds joue ici un rôle d’amortisseur, tandis que les investissements directs permettent de conserver une exposition ciblée sur des actifs jugés structurants.
Mais l’originalité du modèle tient surtout à ce qui se situe au-delà du capital. Rosberg Ventures s’appuie sur un réseau international dense, construit dans l’univers du sport de haut niveau et des grandes entreprises partenaires, qu’il mobilise comme outil d’accès marché et d’accélération pour les sociétés accompagnées. La notoriété n’est pas utilisée comme un argument de communication, mais comme un mécanisme de réduction des frictions : accès aux décideurs, crédibilité immédiate, capacité à ouvrir des discussions.
La référence assumée à la Formule 1 ne relève pas du simple storytelling. Elle structure une approche fondée sur la gestion fine du risque, l’anticipation des scénarios défavorables et l’acceptation d’une logique d’endurance. Le venture est envisagé comme un système de long terme, sans ligne d’arrivée clairement définie, où la discipline d’exécution et la capacité à tenir dans la durée comptent davantage que la recherche d’un succès rapide.
Blaise Matuidi : transformer le capital relationnel en actif économique
La trajectoire de Blaise Matuidi illustre une déclinaison différente mais convergente de cette dynamique. Avec Origins, l’ancien international français a contribué à structurer une plateforme d’investissement collective portée par des sportifs, loin de l’image d’un angel investing opportuniste.
Le pari consiste à convertir un capital relationnel mondial — clubs, sponsors, marques, investisseurs — en levier opérationnel pour les startups. Accès aux décideurs, crédibilité immédiate auprès de partenaires internationaux, capacité à activer des marchés fermés : la valeur ajoutée dépasse largement le chèque.
Origins s’inscrit ainsi dans une logique où l’accompagnement et l’ouverture de portes comptent autant que l’allocation financière. Le sportif devient un opérateur de l’écosystème du fonds, et non un investisseur passif.
Harry Stebbings : quand le média devient infrastructure d’investissement
Autre trajectoire, autre point d’entrée : celui des créateurs de médias spécialisés. Harry Stebbings a d’abord bâti une position centrale dans le débat mondial sur le venture grâce à The Twenty Minute VC. Cette audience, ce réseau et ce dealflow ont ensuite été institutionnalisés via 20VC.
Dans ce modèle, le média constitue l’infrastructure amont de l’investissement : accès privilégié aux fondateurs, lecture fine des cycles et identification précoce des signaux faibles.
Ce qui relie ces trajectoires
Malgré des origines très différentes — sport automobile, football, média — ces plateformes partagent plusieurs caractéristiques structurantes :
- une asymétrie d’accès difficilement réplicable par les fonds traditionnels ;
- une capacité à réduire les frictions (accès aux décideurs, partenariats, premiers clients) ;
- une volonté d’institutionnaliser leur modèle (gouvernance, fonds, process) ;
- une lecture du venture comme système d’endurance, et non comme une succession d’exits opportunistes.
Une nouvelle couche du capital-risque
Ces plateformes ne remplacent ni les grands fonds multi-milliards ni les VC ultra-spécialisés. Elles occupent un espace intermédiaire devenu stratégique, où l’accès, la crédibilité et la vitesse d’exécution comptent autant que la taille du fonds.




