DECODE VC

Pourquoi OVNI Capital ouvre un bureau à San Francisco, entretien avec Augustin Sayer

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Dans cet épisode de DECODE VC, Augustin Sayer, cofondateur d’OVNI Capital, nous annonce l’implantation du fonds au cœur de la Silicon Valley, non pour investir aux États-Unis, mais pour augmenter les probabilités de refinancement et de liquidité des deep tech européennes. Une discussion de fond sur le métier d’investisseur, la structuration d’un fonds, le rôle de San Francisco dans les trajectoires de valeur et les arbitrages concrets entre Europe et États-Unis.

Le postulat VC : la valeur se matérialise là où sont le capital et les acquéreurs

Du point de vue d’un investisseur, le raisonnement est linéaire, les tours capables de financer des trajectoires deep tech longues (séries A et B significatives, refinancements industriels, tours de croissance) sont majoritairement exécutés aux États-Unis. L’Europe progresse, mais reste fragmentée, tant du côté des LPs que des tickets disponibles.

La même logique prévaut côté liquidité, les sorties supérieures à plusieurs centaines de millions sont, dans leur immense majorité, réalisées par des acteurs américains. Cette concentration n’est pas conjoncturelle mais reflète une asymétrie durable entre marchés acheteurs.

Pour un fonds, ignorer cette réalité revient à réduire mécaniquement l’espérance de rendement du portefeuille.

San Francisco comme outil d’origination secondaire et de préparation des sorties

L’implantation d’OVNI Capital n’a pas vocation à générer du dealflow américain mais poursuit un objectif plus structurant : préparer les conditions futures de création de valeur.

  • Pré-exposer les sociétés du portefeuille aux fonds de séries A et B américains, bien avant les levées.
  • Créer une familiarité progressive avec les équipes de corporate development, condition indispensable à toute discussion M&A crédible.
  • Construire une narration de long terme, conforme aux standards américains, où la relation précède systématiquement la transaction.

Dans cette logique, le bureau de San Francisco agit comme une extension du travail d’asset management, et non comme un bureau d’investissement.

Un différenciateur dans la compétition européenne pour le dealflow

L’un des effets les plus tangibles de cette implantation se situe en amont, au moment de l’investissement initial. Dans un marché européen où les bons dossiers deep tech sont rares et fortement concurrentiels, la capacité à proposer une infrastructure transatlantique crédible devient un avantage compétitif.

Pour un fonds de soixante millions d’euros comme OVNI, cette architecture permet de compenser la taille par la projection. Elle modifie la perception du fonds auprès de fondateurs déjà internationalisés, souvent passés par des parcours académiques ou professionnels hors d’Europe.

Deep tech : une classe d’actifs plus compatible avec l’Europe… sous conditions

L’analyse sectorielle est profondément venture-driven. Le logiciel a historiquement favorisé les écosystèmes disposant de marchés unifiés, de capitaux abondants et d’effets de plateforme rapides. Sur ce terrain, l’Europe a peiné à générer des rendements comparables.

La deep tech repose sur d’autres paramètres : temps long, intensité capitalistique, excellence scientifique, barrières technologiques élevées. Sur ces dimensions, l’Europe dispose d’avantages relatifs, mais ces avantages ne se transforment en valeur que s’ils sont adossés à des marchés capables d’absorber la croissance et de financer les étapes intermédiaires.

Dans cette optique, les États-Unis ne doivent pas être vus comme une alternative à l’Europe, mais comme un marché de continuation naturelle pour les actifs deep tech européens.

“Day one US” : une lecture rendement / risque

Si la position défendue par Augustin Sayer sur le timing est radicale, elle est cohérente du point de vue VC, car retarder l’entrée sur le marché américain revient souvent à accumuler un chiffre d’affaires peu valorisé par les investisseurs internationaux, tout en consommant du temps et du capital.

  • R&D et ingénierie en Europe, où le ratio coût/expertise reste favorable.
  • Produit, go-to-market et leadership aux États-Unis, là où se construisent les valorisations et les comparables.

Cela ne doit pas être vu comme un dogme, mais comme un arbitrage rendement / risque assumé.

Appliquer au fonds la discipline imposée aux participations

Enfin, l’implantation à San Francisco est aussi une histoire de cohérence, un fonds qui encourage ses participations à s’internationaliser ne peut durablement le faire sans en assumer lui-même les coûts organisationnels, humains et opérationnels.

En structurant une équipe, en absorbant la complexité administrative et en renforcant sa crédibilité localement, OVNI Capital internalise une partie des frictions habituellement supportées par les fondateurs. D’un point de vue VC, cela renforce la pertinence de l’accompagnement proposé.

L’ouverture d’un bureau à San Francisco par OVNI Capital traduit la conviction que dans le venture, la performance dépend moins de l’origine des technologies que de l’accès effectif aux marchés du capital et de la liquidité. Pour les LPs comme pour les fondateurs, cette démarche pose une question centrale : le capital-risque européen peut-il encore se contenter d’une stratégie domestique lorsque ses scénarios de sortie sont majoritairement exogènes ?

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