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WaterTech : pourquoi le venture capital revient vers le hardware scientifique

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Pendant plus d’une décennie, le capital-risque a privilégié les modèles légers : logiciels scalables, marges brutes élevées, cycles de vente compressés, déploiements rapides. Cette grammaire du SaaS a façonné l’essentiel des thèses d’investissement, au point d’imposer une norme implicite du « bon » actif technologique. Pourtant, à mesure que les contraintes physiques (énergie, eau, matériaux) réapparaissent au cœur des chaînes de valeur, cette lecture montre ses limites.

Le lancement du second fonds de PureTerra Ventures s’inscrit dans ce changement, non comme une exception sectorielle, mais comme le symptôme d’un retour plus large vers des technologies scientifiques complexes, souvent matérielles, longtemps jugées trop lentes, trop capitalistiques ou trop risquées par le venture traditionnel.

La fin de l’illusion d’un monde dématérialisé

L’idée d’une économie numérique affranchie des contraintes physiques a longtemps dominé. L’IA, le cloud ou les plateformes ont été perçus comme des couches abstraites, indépendantes des ressources naturelles. La réalité industrielle rattrape aujourd’hui cette narration.

Data centers, semi-conducteurs, hydrogène, chimie avancée ou agro-industrie reposent sur des infrastructures intensives en énergie et en eau. Lorsque ces ressources deviennent rares, mal distribuées ou réglementées, elles cessent d’être des variables secondaires pour devenir des facteurs limitants. L’eau, en particulier, n’est plus seulement un enjeu environnemental, elle conditionne désormais la capacité à produire, à opérer et à croître.

C’est précisément là que la WaterTech réapparaît dans le radar des investisseurs, non comme un segment « impact », mais comme une brique d’infrastructure industrielle.

Le retour d’intérêt pour le hardware scientifique

Pendant des années, le hardware a souffert d’un déficit d’attractivité dans l’écosystème venture. Cycles de R&D longs, besoins en capitaux élevés, dépendance à des environnements industriels complexes : autant de freins face à des modèles logiciels jugés plus prévisibles.

Ce déséquilibre est en train de se corriger. Plusieurs facteurs convergent :

  • la maturité des technologies issues de la recherche (capteurs avancés, membranes, microfluidique, robotique, instrumentation),
  • l’intégration croissante de l’IA dans des systèmes physiques,
  • et surtout, la pression opérationnelle exercée sur les industries par les contraintes de ressources et de conformité.

PureTerra Ventures, un fonds construit sur cette inflexion

Fondé en 2017, PureTerra Ventures s’est positionné dès l’origine sur des technologies de traitement, de réutilisation et de contrôle de l’eau industrielle. Sa thèse repose sur des solutions combinant matériel avancé et logiciels pilotés par la donnée, déjà prêtes pour un déploiement commercial.

Le lancement de son deuxième fonds, avec un objectif affiché de cent cinquante millions d’euros et un premier engagement de dix millions d’euros de la part de Invest-NL, s’inscrit dans une logique de continuité. Le fonds entend poursuivre une stratégie centrée sur des technologies capables de rendre l’eau industrielle réutilisable, tout en permettant la récupération de ressources critiques comme le lithium ou le phosphore.

Ce positionnement illustre que la valeur n’est plus seulement dans la réduction d’un impact négatif, mais dans la transformation d’un coût incompressible en levier économique. Tant que l’eau relevait du registre moral ou réglementaire, le discours restait abstrait. Dès qu’elle devient une ligne de compte d’exploitation, l’argument cesse d’être idéologique pour devenir opérationnel. Et c’est généralement à ce moment précis que le capital commence à s’engager.

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