AUXXO veut influencer la constitution des équipes entrepreneuriales et lance une plateforme européenne de matching
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AUXXO clôt son deuxième Female Catalyst Fund à 33,3 millions d’euros, contre 19 millions pour son premier véhicule. Mais le fonds berlinois ajoute désormais un nouvel outil à sa stratégie : une plateforme paneuropéenne destinée à mettre en relation fondateurs et futurs cofondateurs, notamment pour favoriser la constitution d’équipes mixtes. ENTREPRENEUR FIRST, ANTLER ou Y COMBINATOR ont déjà fait de la rencontre entre entrepreneurs une composante de leur sourcing. AUXXO applique cette logique au gender investing : ne plus seulement sélectionner les startups correspondant à sa thèse, mais contribuer à en faire émerger davantage.
Pendant longtemps, le problème de la sous-représentation des femmes dans le venture capital a principalement été traité comme un problème d’allocation du capital. Les fondatrices lèvent moins, les fonds qui les financent sont moins nombreux et les femmes restent également minoritaires parmi ceux qui prennent les décisions d’investissement. La réponse a donc consisté à multiplier les fonds spécialisés, les réseaux de business angels, les programmes d’accompagnement et les mises en relation avec les investisseurs.
AUXXO appartient à cette génération d’acteurs, son Female Catalyst Fund II investit dans des startups européennes comptant au moins une femme parmi les fondateurs, celle-ci devant détenir au minimum 20 % des parts détenues par l’équipe fondatrice. La diversité définit directement son univers d’investissement.
Mais avec la Founder Matchmaking Platform qu’il lance parallèlement au closing de son deuxième véhicule, AUXXO remonte désormais d’un cran dans la chaîne entrepreneuriale. Il ne s’agit plus uniquement de décider quelles équipes financer, mais d’intervenir au moment où celles-ci se constituent. Autrement dit, après le funding gap, AUXXO veut agir sur le founding gap.
Le déséquilibre se crée avant le premier tour de table
Les chiffres montrent que le problème de financement n’a pas disparu, selon DEALROOM, les startups européennes comptant au moins une femme parmi leurs fondateurs captaient 8 % du venture capital européen en 2016. Cette proportion atteint 11,2 % en 2026. Elles ont levé 8,5 milliards de dollars en 2025 et 5,1 milliards au premier semestre 2026. La progression est réelle, mais leur poids dans les investissements reste très éloigné de leur poids potentiel dans l’économie.
Regarder uniquement les tours de table revient toutefois à observer le problème relativement tard, lorsqu’une startup arrive devant un fonds de venture capital, une grande partie de son architecture a déjà été décidée. Quel salarié expérimenté a choisi de quitter son entreprise pour entreprendre ? Quel scientifique a rencontré un profil capable de commercialiser sa technologie ? Qui a trouvé son CTO ? Qui devient CEO ? Qui obtient le statut de cofondateur et qui rejoint l’entreprise quelques mois plus tard comme premier salarié ? Surtout, comment les parts fondatrices ont-elles été réparties ?
La distribution future du venture capital dépend donc en partie d’une série de décisions prises bien avant le premier pitch aux investisseurs.
C’est précisément à ce moment qu’AUXXO veut désormais intervenir. Sa plateforme paneuropéenne doit mettre en relation des solo founders à la recherche de compétences techniques ou opérationnelles, des salariés expérimentés de startups envisageant de devenir entrepreneurs et des équipes encore incomplètes cherchant un cofondateur et, éventuellement, du capital. Le fonds s’appuie pour cela sur son réseau européen d’entrepreneurs, de business angels et de communautés comme EVANGELISTAS et ENCOURAGEVENTURES.
ENTREPRENEUR FIRST a déplacé le sourcing de la startup vers l’individu
La logique n’est pas entièrement nouvelle dans le venture capital, ENTREPRENEUR FIRST en a probablement donné la forme la plus aboutie avec le concept de talent investing. Plutôt que d’attendre qu’une équipe et son produit existent, l’organisation identifie des individus avant qu’ils aient nécessairement trouvé leur cofondateur, voire leur idée.
ENTREPRENEUR FIRST définit lui-même le talent investing comme la recherche et l’accompagnement de personnes avant qu’elles disposent d’un cofondateur et, souvent, avant même qu’elles aient choisi ce qu’elles construiront. Ses Talent Investors participent ensuite à la recherche de l’idée et à la constitution des relations entre futurs cofondateurs.
La différence avec le venture capital traditionnel est fondamentale. Le sourcing classique suit approximativement cette chaîne :
startup → pitch → due diligence → investissement
Le talent investing commence plusieurs étapes plus tôt :
individu → cofondateur → idée → entreprise → investissement
ENTREPRENEUR FIRST formule d’ailleurs explicitement cette différence : alors que le VC alloue du capital aux startups existantes, le talent investing vise à créer l’offre de startups qui alimentera ensuite cet écosystème.
ANTLER s’est installé sur un terrain proche, avec son programme continental européen qui réunit environ 100 fondateurs sélectionnés parmi quelque 10 000 candidats et dispose désormais de deux parcours distincts : l’un pour les équipes déjà constituées, l’autre spécifiquement consacré au co-founder matching. Les entrepreneurs seuls ou les équipes incomplètes disposent d’une première phase pour trouver leurs associés avant qu’ANTLER ne prenne sa décision d’investissement, avec un premier engagement pouvant atteindre 500 000 euros.
Y COMBINATOR a lui aussi transformé la recherche de cofondateurs en infrastructure. Sa plateforme gratuite de Co-Founder Matching permet d’entrer avec ou sans idée, de préciser le profil recherché et d’être mis en relation avec des candidats compatibles. Son utilisation n’implique aucun investissement de YC, mais elle traduit la même conviction : l’écosystème ne peut plus considérer comme acquis que les bonnes personnes se rencontreront spontanément.
Après avoir organisé le marché du financement des startups, une partie du venture capital commence donc à organiser le marché de leur formation.
AUXXO ajoute le gender lens au talent investing
C’est ici que la stratégie d’AUXXO devient particulière. ENTREPRENEUR FIRST ou ANTLER cherchent avant tout à produire les équipes les plus susceptibles de créer des entreprises à forte croissance. AUXXO poursuit également un objectif portant sur la composition de ces équipes.
Le fonds applique ainsi au gender investing une méthode proche de celle déjà développée par le talent investing : intervenir avant que l’entreprise ne soit complètement constituée.
Ce point est essentiel, jusqu’ici, la plupart des initiatives destinées à réduire les inégalités de financement interviennent une fois la startup créée. Elles aident une fondatrice à accéder à un investisseur, à professionnaliser son pitch, à développer son réseau ou à lever un premier tour.
La plateforme autrichienne FEMALE FOUNDERS illustre cette approche : elle revendique aujourd’hui 87 000 membres, un réseau de plus de 500 VCs et 250 startups accompagnées, tandis que son Fund F a levé 28 millions d’euros pour investir dans des équipes comptant des femmes parmi leurs fondateurs. Elle organise ainsi le réseau autour des entrepreneures et de leur accès au capital.
AUXXO descend encore d’un maillon, et veut intervenir lorsque le scientifique cherche encore son profil commercial, lorsque le futur CEO recherche son CTO ou lorsque l’opératrice expérimentée d’une scaleup envisage pour la première fois de devenir elle-même fondatrice.
Un fonds spécialisé a intérêt à agrandir lui-même son marché
Cette stratégie répond également à une logique économique. Tout fonds spécialisé réduit volontairement son univers investissable. Un fonds climate tech ne peut pas financer n’importe quel SaaS ; un fonds spécialisé dans la santé écarte une grande partie du marché. AUXXO s’impose une contrainte différente mais tout aussi réelle : une excellente startup exclusivement fondée par des hommes ne répond pas au mandat du Female Catalyst Fund II.
Le fonds pourrait donc attendre que davantage d’entreprises conformes à sa thèse apparaissent naturellement, il choisit désormais de contribuer à en augmenter le nombre.
C’est une forme de market creation appliquée au dealflow : AUXXO ne cherche plus uniquement à capter une part plus importante des meilleures startups comptant des fondatrices, mais à élargir le nombre d’entreprises susceptibles d’entrer un jour dans cet univers.
La boucle devient alors particulièrement intéressante :
réseau de talents → matching → constitution d’équipes → création de startups → investissement AUXXO → tours suivants avec d’autres VCs → nouveaux entrepreneurs et opérateurs réinjectés dans le réseau.
Pour un fonds early stage, cette remontée vers l’amont peut devenir un avantage compétitif. Plus la relation avec un entrepreneur commence tôt, moins le fonds dépend d’un dealflow déjà visible et mis en concurrence auprès de dizaines d’investisseurs.
Mais jusqu’où un VC doit-il influencer la composition d’une équipe ?
La stratégie ouvre toutefois une question plus délicate. AUXXO pose comme condition d’investissement la présence d’une femme fondatrice possédant au minimum 20 % des founder shares. Parallèlement, il propose désormais aux équipes de les aider à trouver leurs futurs cofondateurs. Le critère utilisé par l’investisseur peut donc indirectement commencer à influencer la composition de l’entreprise qui sollicitera ensuite cet investisseur.
La frontière est fine, d’un côté, une telle plateforme peut permettre à des femmes disposant de compétences scientifiques, techniques ou opérationnelles d’accéder au statut de cofondatrice là où elles auraient autrement rejoint une startup comme CTO, COO ou première salariée. Dans une économie de l’innovation où une grande partie de la création de patrimoine repose sur la détention du capital, le statut obtenu au moment de la fondation compte autant que le poste occupé quelques années plus tard.
Le seuil de 20 % rend beaucoup plus difficile l’ajout cosmétique d’une cofondatrice uniquement pour satisfaire un critère d’investissement.
Mais la stratégie devra également éviter que la diversité devienne une simple condition d’éligibilité au financement. Une équipe fondatrice ne se résume pas à l’addition de compétences complémentaires ou à la conformité d’une cap table : elle repose sur une relation de très long terme entre des personnes qui vont devoir prendre ensemble des décisions particulièrement conflictuelles.
Un deuxième fonds 75 % plus important, mais sous l’objectif initial
Cette nouvelle stratégie accompagne le final closing du Female Catalyst Fund II à 33,3 millions d’euros, soit environ 75 % de plus que les 19 millions du premier véhicule.
Le fonds avait annoncé un premier closing à 26 millions d’euros en juillet 2025, avec l’EUROPEAN INVESTMENT FUND comme anchor investor, aux côtés notamment d’AURUM IMPACT, CHERRY VENTURES et SPEEDINVEST. ENBW NEW VENTURES rejoint également les LPs du véhicule final, ainsi que des family offices, business angels et entrepreneurs européens. Plus de la moitié des investisseurs du fonds sont des femmes.
La progression par rapport au premier véhicule est significative, mais le closing raconte aussi la difficulté actuelle du fundraising pour les emerging managers européens.
Lors du premier closing, AUXXO visait encore 50 millions d’euros. Le véhicule termine finalement à 33,3 millions. Gesa Miczaika explique avoir commencé à lever le fonds en 2022 et décrit les trois années de fundraising comme l’une des expériences les plus difficiles de sa carrière.
AUXXO se retrouve ainsi confronté, à son propre niveau, à une problématique proche de celle qu’il cherche à corriger chez les entrepreneurs : l’accès au capital reste sélectif, y compris pour ceux dont le métier consiste à le distribuer.
Le fonds dispose néanmoins désormais d’une taille supérieure à son prédécesseur et a déjà engagé onze investissements. Sector agnostic, son portefeuille penche fortement vers la deeptech et les sciences, avec notamment MARBLE IMAGING dans l’observation de la Terre, BIOORBIT dans la production pharmaceutique en microgravité ou STANHOPE AI dans l’intelligence artificielle inspirée des neurosciences. AUXXO investit typiquement autour de 500 000 euros pour 3 à 8 % du capital et vise environ 25 à 30 participations avec ce véhicule.




