Avec 60 millions d’euros, NEWFUND parie sur la BrainTech pour transformer la recherche européenne en marché
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Un nouveau segment de la santé numérique se structure à l’intersection de l’intelligence artificielle et des neurosciences. Encore fragmenté, mais en forte accélération, il attire déjà plusieurs milliards d’euros de financement et reste largement dominé par les États-Unis. Dans ce contexte, Newfund finalise HEKA, un fonds de 60 millions d’euros dédié à la BrainTech, avec pour ambition de transformer l’excellence scientifique européenne en actifs industriels capables de s’imposer à l’échelle mondiale.
La BrainTech s’attaque au cœur du système : le cerveau lui-même. La convergence technologique ,intelligence artificielle, imagerie avancée, biomarqueurs, simulation, permet désormais d’observer, modéliser et traiter des pathologies jusqu’ici difficilement adressables. Dans ce cadre, l’IA n’est plus un outil d’optimisation, mais un composant central de la décision clinique.
En 2025, plus de 4,2 milliards d’euros ont été levés dans ce segment en Europe et aux États-Unis, dont l’essentiel outre-Atlantique. Le début de l’année 2026 prolonge cette dynamique avec une croissance marquée des montants engagés. Les technologies liées au cerveau représentent désormais une part significative des investissements en santé numérique, avec une intégration de l’IA dans une majorité des innovations.
Ce déséquilibre géographique constitue le point de départ de la stratégie de Newfund. L’Europe dispose d’un socle académique solide en neurosciences, mais peine à transformer ses découvertes en entreprises de premier plan. Faute de capitaux adaptés et d’accès au marché, une part importante de la valeur est captée ailleurs. HEKA veut investir dans 25 startups européennes en neurologie, psychiatrie ou thérapies numériques, avec pour objectif de les accompagner dans leur déploiement aux États-Unis.
Newfund assume ce parti pris en l’ancrant dans une réalité structurelle : c’est au sein de l’écosystème américain que se concentrent aujourd’hui les capacités de financement, les infrastructures cliniques et les autorités de régulation. Le fonds s’appuie pour cela sur une présence à Palo Alto et sur un réseau constitué de longue date, afin d’accélérer l’accès au marché, aux processus de validation et aux partenaires industriels.
Ce choix ne relève pas d’un biais géographique, mais d’une logique d’exécution. Dans un secteur où la validation clinique, l’accès aux patients et la vitesse de déploiement conditionnent la création de valeur, l’écosystème américain reste le point de passage obligé. Le momentum européen, porté par la qualité de la recherche, pourrait émerger à moyen terme, mais il ne constitue pas encore un environnement suffisant pour soutenir seul des trajectoires de croissance globale.
Le portefeuille déjà constitué illustre cette approche. Neuf sociétés ont été financées depuis 2023, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur. Sur le segment du diagnostic, Raidium, Nuréa et Diagnoly développent des solutions d’analyse automatisée d’imagerie médicale. Sur le triage et l’aide à la décision clinique, AI-Stroke s’appuie sur l’analyse de signaux cliniques pour orienter les patients en situation d’urgence. Le fonds investit également dans des dispositifs thérapeutiques, à l’image de Reev pour la rééducation post-AVC, et dans des thérapies numériques avec Soihtu DTx dans le traitement des troubles psychiatriques. Enfin, plusieurs participations relèvent de la biotech, comme Inside Therapeutics et Oria Bioscience, qui développent des plateformes de production ou de modélisation destinées à accélérer la découverte de médicaments, tandis que Moovd cible l’outillage des praticiens.
Une majorité des sociétés est déjà déployée dans des environnements cliniques, et plusieurs ont obtenu des autorisations réglementaires aux États-Unis. Cette orientation précoce vers le marché américain confirme le rôle de HEKA comme vecteur de translation, de la recherche européenne vers des usages industriels internationaux.
Le dimensionnement du fonds reste toutefois contraint au regard des besoins du secteur. La BrainTech cumule les exigences de la santé et de la deeptech : intensité capitalistique, cycles de développement longs, dépendance à la validation clinique. Dans ce contexte, les 60 millions d’euros constituent un levier d’amorçage plutôt qu’un outil de financement complet. La stratégie repose donc sur une capacité à syndiquer avec d’autres investisseurs et à positionner les participations sur des trajectoires de financement internationales.
Au-delà du fonds lui-même, HEKA témoigne de l’émergence d’une nouvelle classe d’actifs. À mesure que l’intelligence artificielle s’intègre aux processus médicaux les plus complexes, la santé du cerveau devient un champ d’investissement structuré, avec ses propres métriques, ses contraintes réglementaires et ses dynamiques industrielles. Ce mouvement rappelle les premières phases de l’IA appliquée ou de la climate tech : une combinaison d’innovation scientifique, de capital patient et d’incertitude sur les modèles économiques.
En se spécialisant tôt sur une catégorie encore peu standardisée, Newfund adopte une position offensive et cherche à capter une asymétrie de valorisation et à constituer un portefeuille différencié. Le pari est double : que la BrainTech s’impose comme une verticale majeure de la santé numérique, et que les startups européennes puissent en capter une part significative de la valeur.
Reste une tension structurelle. En organisant le passage systématique par les États-Unis, le modèle maximise les chances de succès des entreprises financées, mais entérine le déplacement de la valeur hors d’Europe.




